CADRAGE SCIENTIFIQUE

Ce colloque est la première pierre d’une dynamique collective et interdisciplinaire visant à questionner l’impact du téléphone et ses applications sur la communication humaine. Les débats s’articuleront autour de travaux de chercheurs, d’expériences de praticiens, de projets portés par des enseignants, de réflexions d’artistes, mais aussi par la parole d’adolescents dont la vie est rythmée par la technologie. Par ses fonctionnalités en augmentation constante, le téléphone est le premier à croiser notre regard au réveil et le dernier à nous accompagner vers le sommeil. Toute la journée, il nous informe de l’actualité, puis nous guide dans nos agendas et trajets géolocalisés via des algorithmes conversationnels (Tisseron, 2018). Chacun de nos récits de vie alimente ces observations au gré de nos relations professionnelles et affectives. Le téléphone, perfectionné par des concepteurs désireux de détourner la capacité d’attention de l’individu communiquant (Renucci, 2015) pour faire du profit, semble devenir un remède technique aux inconvénients du quotidien. Depuis son invention au XIXème siècle, le téléphone n’a cessé de s’adapter à la main humaine, à l’instar du silex dans les premiers temps de l’hominisation. Aujourd’hui, il devient un nouveau compagnon (Turkle, 2015) en capacité d’apporter un soutien continu. Mais alors que devient la discontinuité de l’autre ? Par son corps, ses imperfections et sa part de risque, celui qui est différent ne m’est-il pas pour autant nécessaire ? Comment se saisir de la question de l’empathie artificielle (Tisseron, 2015) ? Les applications incitent à l’externalisation de notre humanité dans l’outil, jusqu’à nos sentiments. L’évacuation de l’autre, le réductionnisme (Besnier, 2018) et le marché des données personnelles deviennent des problématiques. Le téléphone que nous connaissons aujourd’hui n’est pas uniquement ce remède pour atteindre un autre à distance : il est aussi un poison informationnel hérité de la cybernétique. 

Médication moderne, le téléphone est un pharmakon, à la fois remède et poison. Après le Phèdre de Platon, à sa lecture par Jacques Derrida dans La pharmacie de Platon (1968) puis celle de Bernard Stiegler (2018), le téléphone peut s’envisager comme un pharmaphone (Galli, 2019). L’ambivalence de l’artefact est préférée au préfixe « smart » porté par l’idéologie technique (Wolton, 2012). Le téléphone est cet outil qui a pour objet de nous rapprocher de l’autre tout en nous en écartant. En ce sens, une discussion épistémologique pourra être envisagée sur la tension entre échanges informationnels et communication humaine. Par leurs effets réducteurs, le pharmaphone et ses applications interpellent les frontières de l’humain. Les réseaux numériques impactent les rapports sociaux et la circulation de l’information. De nouvelles bifurcations déstabilisent dès lors l’éducation, la santé, les médias. Quels sont les travaux qui peuvent en témoigner sur le terrain ? Dans un même temps, les concepteurs cherchent à encourager la production de contenus. Le pharmaphone devient un collaborateur qui nécessite une « cyber-psychologie » (Tisseron, 2018). L’enjeu est de prévenir les venins tout en pensant les antidotes. Le pharmaphone n’est pas qu’un bouc-émissaire tel un pharmakos (Girard, 1972) purifiant les maux de la cité. Penser au-delà des remèdes informationnels qu’il offre, c’est pouvoir envisager la conversation, la parole, la cohabitation culturelle. L’objectif de ce colloque est en ce sens de construire des passerelles vers la communication humaine. Ne doit-on pas en revenir à ce qui est phone (« voix » en grec ancien) ? Les Sciences de l’Information et de la Communication s’inscrivent particulièrement dans cette problématique interdisciplinaire. Pour autant, ce colloque se veut ouvert aux contributions de chercheurs de toutes les disciplines, mais aussi aux expériences professionnelles, artistiques, et intimes

Colloque labellisé par la Société Française des Sciences de l'Information et de la Communication

Colloque labellisé par la Société Française des Sciences de l'Information et de la Communication

Site officiel :

COMITÉ SCIENTIFIQUE

Françoise Albertini (Corse)
Stéphane Amato (Toulon)
Jean-Michel Besnier (Paris)
Eric Boutin (Toulon)
Jean-Claude Domenget (Belfort-Montbéliard)
Michel Durampart (Toulon)
Fiorenza Gamba (Genève)
Agnès Giard (Berlin)
Frédéric Gimello (Avignon)
Pascal Lardellier (Dijon)
Benoît Le Blanc (Bordeaux)
Pierre Le Coz (Marseille)
Vincent Liquète (Bordeaux)
Jean-Max Noyer (Toulon)
Philippe Pédrot (Toulon)
Nicolas Pélissier (Nice)
Emmanuel Petit (Bordeaux)
David Pucheu (Bordeaux)
Franck Renucci (Toulon)
Alexandra Saemmer (Paris)
Imad Saleh (Paris)
Serge Tisseron (Paris)
Yves Winkin (Paris)
Dominique Wolton (Paris)